ordalie Troublante et diablement intéressante la façon dont Cécile Ladjali nous raconte le destin de deux grandes figures de la littérature de langue allemande, Ingebor Bachmann et Paul Célan, leur rencontre, leur liaison, ainsi que l'époque qui a vu s'épanouir leur talent. C'est sous le couvert de la fiction que nous sommes invités à les découvrir, à travers les yeux d'un narrateur qui semble, lui, tout à fait inventé (mais sait-on jamais?), Zakharian, ou plutôt Zak, le cousin de Ilse, double de la célèbre écrivain autrichienne.

Amoureux de cette personnalité flamboyante aux côtés de laquelle il grandit et qui ne vit que pour la littérature en tant qu'arme de renversement de l'ordre établi (nous sommes dans l'immédiat après-guerre), quand lui est un partisan du nazisme, Zak nous livre toute la souffrance de cet "épouvantable amour" qu'il ressent pour la jeune femme. Un amour à sens unique évidemment, car si Ilse aime Zak, c'est d'une affection toute familiale. Alors, quand Ilse s'éprend d'un poète juif aussi torturé que talentueux, Lenz alias Célan, la douleur du cousin arrive à son comble...

Truffé de vrais extraits de poèmes tirés de l'œuvre des deux écrivains ainsi que de leur correspondance, "Ordalie" offre un témoignage d'une grande justesse sur une époque (pas si lointaine et paraissant cependant si révolue) où la littérature avait l'ambition de déplacer des montagnes, en même temps qu'elle propose une biographie passionnante du couple Célan/ Bachmann, et des portraits (réels ou inventés) d'une grande finesse psychologique.

« Ordalie » par Cecile Ladjali, Actes Sud.