les identités remarquables Tu vas mourir, aujourd'hui, et tu ne le sais pas encore. Le sauras-tu jamais, même à l'ultime instant ? Cette première phrase du beau roman de Sébastien Lapaque en signe le ton: une tragédie implacable semble, en effet, s'abattre sur un héros ordinaire, Louis Lamballe, 32 ans, professeur d'anglais dans une ville du Sud de la France.

"Semble" car l'ironie (du désespoir ?) de l'auteur va rapidement mettre en tension cette accroche avec les petitesses du personnage: égoïste, léger, c'est un héritier cossu mais peu soucieux du reste de sa famille, il est aussi l'ami terne d'un autre professeur, Lucien Laroque, bien plus attachant que lui et, enfin, l'amant de l'adorable et très amoureuse marchande de jouets, Caroline, qu'il aime peu et mal tout en fantasmant sur sa banquière.

Même ses tueurs, une sœur et son frère, venus de ce passé familial et qui se croient sublimes dans leur désir de vengeance, ne sont que banalement aveuglés par l'obsession de laver un improbable honneur.

Lapaque mène très subtilement le lecteur vers LA question: qu'est-ce que vivre ? Est-il inéluctable de se laisser dévorer par les difficultés, familiales, financières au point d'en remplir ses pensées ? Louis Lamballe ne perd-il pas sa vie parce qu'il refuse de contempler sa mort ?

Une partition bien menée vers nos identités "remarquables".

« Les identités remarquables » par Sébastien Lapaque, Actes Sud, 18 €.