les derniers jours de stefan zweigIl fallait la plume d'un véritable écrivain pour décrire les derniers mois de la vie de Stefan Zweig, un des plus grands auteurs de la première moitié du 20ème siècle. Zweig, en visionnaire, abhorrant toute forme de nationalisme, par sa culture et sa connaissance de l'Histoire, avait fui l'Autriche en 1934, quatre ans avant L'Anschluss. Il avait prévu la catastrophe à venir comme "le plus grand meurtre de masse de l'histoire".

"Très tôt, il avait senti le vent tourner, le vent mauvais de l'Allemagne. La rage dans les discours, la brutalité des actes annonçaient l'Apocalypse à qui avait les yeux ouverts, qui prêtait un sens aux mots". Il avait laissé derrière lui sa propriété de Salzbourg, son antre où il vécut heureux au milieu de ses milliers de livres. Il était parti le premier, incompris de ses proches et amis dont Sigmund Freud, Joseph Roth, Franz Werfel, laissant derrière lui bien d'autres encore. Après un exil à Londres et à New York, où l'air chargé altère les poumons fragiles de sa nouvelle épouse, Lotte, il dépose ses valises à Pétropolis, au Brésil, à l'automne de 1941 après sept ans de voyage.

C'est au n°34, rua Gonçalves Dias que le couple s'installe, trois pièces et une véranda devant un paysage magnifique. Zweig peut enfin ouvrir sa précieuse malle qui renferme une quarantaine d'ouvrages sauvés du désastre. Peut-être se remettra t-il à écrire sa biographie de Balzac, son Balzac, son maître, son modèle. Lotte retrouve l'espoir et la santé tandis que Zweig, en homme anxieux, voit l'avenir sombre, sombre comme les nouvelles qui lui parviennent peu à peu, la mise à mort de son peuple. A Pétropolis, Zweig écrit "Le Monde d'hier", son autobiographie, titre qui illustre l'état d'esprit dans lequel il se trouve. Il regrette sa vie d'autrefois, ses amis disparus. Plutôt que vivre dans ce monde qui n'est plus que cendres, il choisira la mort, suivi dans son geste par Lotte.

Laurent Seksik réussit ce pari difficile "d'être Stefan Zweig", d'habiter son personnage. Il nous livre ici les dernières heures de Zweig, sans pathos, dans un récit plein de dignité.

« Les derniers jours de Stefan Zweig » par Laurent Seksik, Flammarion.