Posté le mercredi 2 septembre 2009 à 13h02 dans Romans
"Les aubes écarlates", troisième livre de Léonora Miano consacré à l'Afrique, après "L'intérieur de la nuit" et "Contours du jour qui vient",
un cycle romanesque dans lequel on retrouve les mêmes personnages, mais dont chaque roman peut se lire séparément.
Ayané, avec son amie, Aida, une jeune femme blanche, recueille les enfants meurtris par la guerre.
Epa, un des enfants soldats, enrôlé de force par l'armée, est parvenu à s'échapper.
Auprès d'Ayané, Epa décrit les assassinats. Dans un long monologue, il raconte le sort des jeunes, qui, comme lui, ont été arrachés à leur terre et plongés dans le chaos d'une violence absurde et gratuite, poussés à commettre l'horreur.
Selon une croyance d'Afrique centrale, les morts ne cessent pas d'habiter le monde et continuent d'influencer le quotidien des vivants. C'est sur base de cette croyance que Léonora Miano fait le rapprochement dans son livre entre la traite négrière (qu'à subi le Cameroun, pays natal de Léonora Miano) et les enfants soldats. Epa se sent entouré de présences mystérieuses, il aperçoit des ombres enchaînées qui sont les esprits des victimes du commerce des esclaves. Le présent et le passé s'imbriquent dans les voix des disparus et celle d'Epa, "dans leur expérience d'enlèvement et le basculement dans un monde absurde".
Assurément un grand livre dont il y aurait encore beaucoup à dire. Un livre sur le devoir de mémoire, sur le déracinement, sur les conséquences de l'esclavage, encore sensibles aujourd'hui. Une écriture puissante, rythmée comme une musique. Un court chapitre intitulé "Exhalaisons" module le récit, agit comme une prophétie, ce sont les voix d'hommes morts victimes de l'esclavage colonial.
"Comment donner à l'Afrique la chance de connaître les aubes lumineuses ? Pour conjurer le passé d'une terre qui ne cesse de se faire souffrir elle-même..."
« Les aubes écarlates » par Léonora Miano, Plon.

librairiepapyrus.be.
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